La présente
étude ne peut être un historique détaillé
du château de JOANNAS, les documents manquant totalement sur
ses origines, sa construction et les transformations qu'il a subies
au cours des âges et pendant les guerres. Ce qui est certain,
c'est que vers le Xe siècle, le territoire s'est couvert
de grands donjons, en général carrés, placés
à des points particulièrement bien choisis, et destinés
à servir de guet plus que de défense. Le donjon de
JOANNAS date de cette époque.
La région de Largentière, pour défendre
ses mines, est parsemée de châteaux avec des tours
analogues. (VINEZAC, CHASSIERS, FANGEAU, MONTRÉAL, TAURIERS,
le tout dominé par l'antique Tour de BRISON). Mais, alors
que tous ces châteaux pouvaient communiquer à vue,
seul JOANNAS se trouve dans une vallée, ne voyant que la
route descendant de la montagne, par LOUBARESSE, VALGORGE et ROCLES.
Ce donjon était donc une sentinelle avancée, surveillant
cette route au loin, et si il avait une hauteur de 25 mètres,
ce qui est possible, il communiquait avec ROCLES.
Cette tour fut tout d'abord seule, sur une bute,
entourée de fossés ou de talus de terre. On peut supposer
que c'est autour de XIIe siècle, lors des luttes entre le
Comte de TOULOUSE et l'Évêque de VIVIERS, que fut construite
l'enceinte carrée puis les deux corps de logis intérieurs.
Dès cette époque on peut penser
que l'importance du château permettait de contenir une garnison
pouvant défendre le pays.
L'architecture militaire ou féodale ne
compte que peu d'éléments décoratifs, et il
est difficile de dater les constructions de cette époque.
Sous la Renaissance des améliorations furent exécutées,
puis, peu à peu, la ruine commença. Une étude
intéressante a été faite par l'Abbé
Albert REY, d'où nous tirons les renseignements ci-après,
de son livre paru en 1932 :
en 1198, Alix de JOANNAS épouse FLOQUET de ROCLES.
En 1208, un Guérin de JOANNAS est cité,
et cette famille s'éteignit en 1535 avec la mort de Pons
de JOANNAS, dont la sur entre dans la famille de la BALME
de PLASSIAN et hérite de la Seigneurie de SUZE.
En 1357, Brunissande de JOANNAS, fille de Pons, épouse Pierre
de HAUTVILLARD. En 1488, le Seigneur de JOANNAS vend la place de
VINEZAC.
En 1540, Françoise de la BALME épouse Antoine de FAY-PEYRAUD,
qui devint ainsi Seigneur de JOANNAS.
En 1603, le fils d'Antoine vendit sa seigneurie de JOANNAS à
Guillaume de BALAZUC de Montréal.
En 1638, Messire d'HAUTEFORT de LESTRANGE épouse la fille
de Guillaume et devient Seigneur de JOANNAS.
Le petit-fils de Jean-Baptiste de HAUTEFORT, Vicomte de LESTRANGE,
n'eut que deux filles : la baronne de LAGORCE et la baronne de MONTOLIEU
qui vendirent la Seigneurie des JOANNAS à Henri François
de MARCHA de ST PIERREVILLE le 25 Juin 1771. Monsieur de
ST PIERREVILLE, dernier Seigneur de JOANNAS, fut fondateur de la
paroisse et le premier maire de la commune de ROCHER. La chronique
n'a rien retenu du rôle militaire du château. On sait
cependant qu'au XIVe siècle il subit le siège des
Routiers Anglais et qu'au XVIe siècle il fut attaqué
et pillé au cours des guerres de religion.
En 1470 la population obtient du seigneur le droit
de mettre le château en état de défense, qui
devient à la fois refuge, arsenal et base de départ
pour dégager le pays. Un acte de transaction, passé
entre le Seigneur et les manants, indique que ceux-ci :
"étaient obligés de faire guet de garde dans
le château de JOANNAS, de s'y retirer avec tous leurs biens
meubles et denrées en temps de guerre, pour le tuision de
défense d'icelui et de leurs personnes propres ; et par même
moyen sont tenus de faire les réparations nécessaires
audit château, bâtir et réédifier les
murailles du vingtain, tournelles et créneaux, et de tenir
en état le couvroir".
Il
faut noter également une description du château faite
en 1618 à l'occasion d'un exploit d'huissier, à
la requête de Messire Jacques GAUTHIER, Receveur Général
des Gabelles du Languedoc, sur Messire Guillaume de BALAZUC de
MONTRÉAL qui lui devait 8920 livres Tournois.
Dans cette description on retrouve des salles qui subsistent,
mais surtout on note que le donjon existait encore, surmonté
d'une échauguette.
Dans un rapport d'inspection de 1676, le Chanoine MONGE cite une
chapelle en bon état, sans doute la pièce de l'étage,
sur le côté ouest au dessus de l'entrée.
Le château n'a pas été démantelé
par faits de guerre, ou sous la révolution.
La
démolition de la tourelle carrée de l'angle N.E.
et des deux piliers d'angles soutenant les échauguettes
(?) ainsi que la démolition de la plus grande partie du
gros donjon, au niveau des toitures, ont-ils été
exécutés sur l'ordre du Cardinal de RICHELIEU, ou
simplement ruinés par la population pour s'approprier les
pierres ? On ne sait.
Au
XIXe siècle, le château fut vendu en trois parties
: la plus grande au midi, à l'Évêché,
où une congrégation religieuse installa l'école
libre, puis, ces dernières années, une colonie de
vacances. Les deux autres parties, au Nord, appartiennent à
des agriculteurs du pays. L'un élève des chèvres
sous les voûtes du rez-de-chaussée et conserve son
foin à l'étage. L'autre possède de grandes
salles voûtées de caractères, qui ont servi
de cave à vin et d'entrepôt et sont actuellement
inutilisées.
|