
Le volcanisme
d'Ardèche
VI - LE SITE DE
PONT-DE-LABEAUME : UN CARREFOUR EXCEPTIONNEL
Le
site de Pont-de-Labeaume, pratiquement situé à la confluence
de trois vallées, cumule attraits géologiques
et culturels sur une surface réduite : morphologie des vallées
aisément décryptable, superposition de coulées basaltiques,
vue sur le château de Ventadour (commune de Meyras), enfin église
romane de Niègles. Nous décrirons donc un circuit pédestre,
empruntant successivement : le pont enjambant l’Ardèche au cœur
du village, la petite route menant à Niègles via la rive
gauche du fleuve et, après avoir retraversé l’Ardèche
grâce au pont situé à proximité de l’usine
de moulinage, le chemin conduisant au Château de Ventadour.
VUE DEPUIS LA RIVE GAUCHE DE L’ARDÈCHE
OU DEPUIS LA ROUTE DE NIÈGLES
SITE
DE PONT-DE-LABEAUME : MONTAGE PANORAMIQUE
Le site de Pont-de-Labeaume, pratiquement situé
à la confluence de trois vallées, cumule à la fois
attraits géologiques et culturels sur une surface réduite
: morphologie des vallées aisément décryptable,
superposition de coulées basaltiques, château de Ventadour,
enfin église romane de Niègles.
Depuis
la rive gauche de l’Ardèche, lorsqu’on regarde en direction des
coulées (en matinée car l’après-midi le contre-jour
est total), la vue est exhaustive sur le village véritablement
adossé à la coulée basaltique qui le domine. On aperçoit
parfaitement le grand virage et sa falaise basaltique à la base
de laquelle ont été effectuées les observations ayant
historiquement permis de donner les premières datations absolues
(14C) indiquant que les dernières manifestations éruptives
de l’Ardèche pourraient avoir eu lieu il y a seulement 10.000 à
15.000 ans.
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VUE
DEPUIS LA RIVE GAUCHE DE L’ARDÈCHE
Cette
photo nous permet d’observer à la fois la partie supérieure
de la coulée issue du maar du Ray-Pic et la totalité
de la coulée émise par le volcan «strombolien»
du Souilhol.
La discontinuité, marquée par
une ligne de végétation, situe la limite entre les
deux formations.
L’entablement
de la coulée du Souilhol est matérialisé par
la partie massive de la falaise.
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Une
fois traversé le pont, on prend : soit la direction Bayzan sur
quelques mètres et on emprunte alors la calade qui conduit à
l’église romane de Niègles, soit la route longeant la rive
gauche de l’Ardèche et, en suivant ses lacets sur 1,6 km, on aboutit
également à l’église romane de Niègles.
Nous
retrouvons alors, depuis le bord de route et avec un maximum de recul,
les différents éléments décrits quelques lignes
plus haut : superposition des coulées et leurs particularités
structurales, observation de la morphologie des vallées, le volcan
du Souilhol en arrière plan et sa coulée qui vient mourir
dans le village, au premier plan (sur la droite) le château de Ventadour.
OBSERVATION
DEPUIS LE CHÂTEAU DE VENTADOUR
Le panorama qui s’offre depuis le large chemin de ronde du château
de Ventadour complète la vue disponible depuis la route de Niègles
(plan d’observation à peu près perpendiculaire au précédent).
L’œil embrasse un secteur allant du sommet du Souilhol au virage de Pont-de-Labeaume.
Ainsi, on voit parfaitement la structure de la coulée du Souilhol,
immédiatement à droite du pont de la N 102, ainsi que la
totalité du parement de coulée localisé dans le périmètre
de l’entreprise Chabert.
Seule la partie gauche, en bordure de la N 102, est mal observable du
fait de la présence de quelques arbres situés tant sur le
rebord de la route que sur la berge droite de l’Ardèche.
Pour observer à loisir la superposition des coulées, il
faut donc soit entrer dans Pont-de-Labeaume et emprunter la route de la
rive gauche de l’Ardèche, soit longer le pied de la falaise, en
bordure de la N 102 (voir infra).
LES
BASALTES DU GRAND VIRAGE
Bien
que l’exercice ne soit guère recommandé pour des raisons
de sécurité, il est possible d’observer de près la
coulée du Ray-Pic en partant de l’extrémité du trottoir
qui permet d’atteindre la falaise basaltique à partir du centre
du village.
Un large
caniveau, à fond parfaitement plat, se situant immédiatement
en bord de route permet de longer le pied de la falaise.
À
l’endroit marquant la limite entre la dernière maison et la coulée,
nous observons deux plaques, l’une située à peu près
à un bon mètre au-dessus du niveau de la route qui matérialise
le niveau de la crue du 28 septembre 1992 (tristement célèbre
par les désastres provoqués à Vaison la Romaine),
l’autre 50 centimètres au-dessus, nous avons la limite de la crue
du 22 septembre 1890.
On a donc
là le témoignage de deux crues centennales. On sait qu’un
an après la terrible crue de 1992, une seconde inondation d’importance
s’est manifestée dans le secteur, ce qui est tout à fait
exceptionnel.
Dès l’instant où l’on atteint la coulée, on remarque
la très grande largeur des prismes inférieurs (diagonale
largement métrique).
L’abondance
des enclaves de péridotites est tout aussi remarquable et on sait
que tant leur nombre que la taille élevée de certaines d’entre
elles est un trait caractéristique de la coulée issue du
Ray-Pic. La plupart mesurent de un à
quelques centimètres ; certaines atteignant (voir dépassant)
le décimètre.
Quelques blocs,
récemment fracturés sans doute à l’occasion de travaux
routiers, permettent de prendre la mesure de la véritable abondance
de ces enclaves qui, en cassure fraîche, présentent une belle
couleur verte alors qu’en patine beaucoup paraissent relativement altérées
et offrent alors une couleur rougeâtre (il s’agit en fait de l’effet
de l’oxydation, à l’air libre, du fer contenue dans les olivines
des péridotites). Ce terme vient de «péridot»,
autre nom minéralogique de l’olivine (qui lui-même trouve
sa source dans la couleur vert-olive des cristaux non altérés).
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ENCLAVE
DE PERIDOTITE (COULEE DU RAY-PIC)
Les enclaves de
péridotites sont très nombreuses et souvent de grande
taille dans le basalte émis par le maar du Ray-Pic. La plupart
mesurent de un à quelques centimètres ; certaines atteignant
(voir dépassant) le décimètre. Dans le virage
de Pont-de-Labeaume quelques blocs de basalte, récemment fracturés
à l’occasion de travaux routiers, permettent de prendre la
mesure de la véritable abondance de ces enclaves qui, en cassure
fraîche, présentent une belle couleur verte alors qu’en
patine beaucoup paraissent relativement altérées et
offrent alors une couleur rougeâtre. |
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On
remarque aussi une relative abondance de bulles de grande taille, présentant
une orientation relativement nette. On sait que celle-ci trahit, dans
une large mesure, le sens d’écoulement du basalte-hôte.
Si on
en juge par les orientations observées ici, on se trouvait très
vraisemblablement près du front de la coulée.
Il faut
remarquer que 20 kilomètres avaient déjà été
parcourus et que le large espace offert à la confluence Ardèche
- Fontaulière a joué un rôle déterminant en
permettant à la coulée de s’étaler et ainsi de finir
ici sa course.
Lorsqu’on
arrive franchement dans le virage, on remarque que ces prismes énormes,
pas très beaux du point de vue de leur géométrie,
sont surmontés par un niveau à organisation parfaite. On
est conduit à se demander si les prismes inférieurs ne représentent
pas l’entablement et les prismes supérieurs la fausse colonnade
(la vraie colonnade serait alors masquée). Si tel était
le cas, la régularité de la prismation a de quoi étonner
(on rappelle que les deux niveaux relèvent de la coulée
du Ray-Pic, comme l’indique la proportion et la taille comparables des
enclaves de péridotites).
La limite
séparant les deux niveaux est d’une netteté tout aussi étonnante,
pratiquement assimilable à un plan.
LA
FALAISE BASALTIQUE AU SEIN DE L’ENTREPRISE DE MATERIAUX
La falaise, située dans le périmètre de l’entreprise
de matériaux, permet l’observation à la fois des relations
entre la coulée du Ray-Pic (que nous venons d’observer) et la coulée
du Souilhol qui la surmonte et des caractéristiques de cette dernière.
La coupe
est relativement bien observable. On se trouve face à la vraie
colonnade appartenant à la coulée issue du Souilhol laquelle
repose sur sa semelle de scories ; l’observation possible étant
particulièrement didactique.
On devine, juste sous le niveau de scories,
un petit lit sédimentaire. C’est dans cette zone, à quelques
décimètres près (l’affleurement ayant naturellement
évolué en 25 ans), qu’ont été prélevés
les fragments de charbon ayant autorisé la datation 14C à
12.000 ans.
Les
scories de la semelle sont de taille assez significative, atteignant pour
les blocs les plus importants un à plusieurs décimètres.
On ne peut
pas confondre les coulées basaltiques respectivement issues du
Ray-Pic et du Souilhol du fait de l’abondance d’enclaves de péridotites
de grande taille dans la première et de leur absence, au premier
regard, dans la seconde. L’examen attentif montre en effet que de très
petites péridotites, de taille centimétrique, y sont en
réalité présentes en faible quantité.
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BASE
DE LA COULEE ISSUE DU SOUILHOL
Cette
vue permet de bien observer les niveaux inférieurs de la
coulée :
1
- la vraie colonnade,
2
- les scories sous-basaltiques,
3
- le niveau alluvial au sein duquel ont été prélevés
les fragments de charbons donnant un âge de 12.000 ans.
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